Une dizaine de personnes posent avec leurs outils et des bottes de foin à côté de serres maraîchères

Quel devenir pour les entrepreneur∙es passé∙es par la coopérative ?

Depuis leur création en 2009, Les Champs des Possibles ont accueilli 170 personnes en test d’activité dans des projets agricoles, de transformation alimentaire et d’animations ou conseil (chiffre arrêté début 2026). Ce recul de plus de quinze ans nous permet de dresser un premier bilan : que sont devenues les personnes ayant quitté la coopérative ? Le dispositif de test d’activité remplit-il son objectif initial d’être un tremplin vers une installation agricole et pérenne ? Pour répondre à ces questions, Chloé Bouvard a mené l’enquête, entre février et juin 2026, en parallèle d’un Master en Politiques de l’environnement à Science Po Paris. Ce bilan repose sur les retours de 48 ancien∙nes entrepreneur∙es, dont les profils sont représentatifs de l’ensemble des personnes passées par les Champs des Possibles. Nous vous en livrons ici les principaux enseignements.

UN DISPOSITIF EFFICACE POUR PÉRENNISER LES ACTIVITÉS TESTÉES

 

Le premier enseignement tient à l’efficacité globale du dispositif en matière de pérennisation des projets testés. Plus de la moitié des répondant·es (54 %, soit 26 personnes) ont prolongé l’activité testée au sein de la coopérative en s’installant ou en créant leur propre structure après leur sortie.

En ajoutant les personnes ayant poursuivi leur activité sous forme salariée dans le même secteur (15 personnes), ce sont 69 % qui maintiennent aujourd’hui un lien professionnel direct avec l’activité testée. Ces installations post-coopérative sont majoritairement rapides : 62% des personnes installées l’ont été dans les six mois suivant leur sortie. Par ailleurs, sur les 27 personnes installées à l’issue du test, une seule ne l’est plus au moment de l’enquête, ayant bifurqué vers du salariat après quelques années d’installation. Une personne désormais retraitée reste quant à elle comptabilisée parmi les installé∙es. Ce fort taux de pérennisation mérite d’être souligné, et tout particulièrement pour les profils agricoles, au regard des difficultés structurelles que connaît l’installation agricole. Dans le cas du maraîchage, secteur largement représenté parmi les projets accompagnés, les données nationales de la MSA en 2023 font état d’un taux de maintien en activité de 67 % cinq ans après l’installation. Les résultats observés ici suggèrent ainsi que le passage par l’espace-test et la coopérative contribue à sécuriser durablement les parcours entrepreneuriaux.

Les données recueillies montrent également que le test contribue à construire une légitimité professionnelle durable : 25 installé·es sur 26, toutes activités confondues, déclarent avoir renforcé leurs compétences techniques grâce au dispositif ; la majorité souligne par ailleurs un gain de confiance en soi, de crédibilité commerciale et de reconnaissance auprès des partenaires institutionnels, financiers ou professionnels. Le tutorat joue un rôle central dans cette construction : au-delà de la transmission de savoirs techniques, il offre un espace de mise en perspective qui aide à dépasser les doutes liés à des parcours atypiques ou de reconversion. La coopérative semble donc bien jouer son rôle de tremplin, en aidant à construire une légitimité qui facilite concrètement l’accès au crédit, au foncier et aux réseaux professionnels.

« En maraîchage, tout le monde dit que c’est très compliqué… C’est important de sentir qu’on est rapidement autonome, qu’on a nos propres légumes… C’était bien plus facile quand j’ai dû m’installer par la suite. Avec le test d’activité, on peut passer le pic de stress quand on a encore le chômage, c’est rassurant. »

OUVRIR LA VOIE À DES PARCOURS HORS INSTALLATION

Le deuxième enseignement concerne la diversité des trajectoires. Quel que soit le secteur testé, les parcours observés invitent à dépasser une conception de l’espace-test comme « salle d’attente » d’un projet d’installation. Si 54 % des répondant·es se sont installé·es et 15 % poursuivent leur activité en salariat, 25 % ont arrêté leur projet initial et 6 % ont suivi des trajectoires plus atypiques. Pour autant, le test ne « réussit » pas seulement quand il débouche sur une installation. Parmi les personnes concernées par un arrêt d’activité, plusieurs ont engagé une réorientation vers des activités conservant des liens avec l’agriculture, l’alimentation ou l’environnement. Les entretiens montrent également que la coopérative joue souvent un rôle de sécurisation des parcours : sortie sans endettement, maintien d’une protection sociale pendant le test et acquisition de compétences transférables facilitent les rebonds professionnels. Les trajectoires observées révèlent ainsi que le test produit des effets durables sur les parcours professionnels et personnels, même lorsqu’il ne débouche pas sur une installation.

« Le moment où j'ai arrêté m'a permis de repartir professionnellement sans dettes ce qui n'est pas rien pour la suite. »

UN ESPACE DE SOCIALISATION PROFESSIONNELLE

Troisièmement, la dimension humaine et collective est au cœur du dispositif. Les rencontres, le tutorat, les échanges entre pairs et l’intégration dans des réseaux professionnels apparaissent comme des éléments majeurs du passage dans la coopérative. Au-delà de l’acquisition de compétences, le test est un espace de socialisation professionnelle où se construisent des relations de confiance, des réseaux d’entraide et parfois de nouvelles associations professionnelles. Ces liens (entre pairs, entre tuteur∙rices et entrepreneur∙es à l’essai, avec les consommateur∙ices, etc.) perdurent après la sortie et continuent de nourrir les parcours. À l’inverse, certaines difficultés relationnelles ou de communication figurent parmi les facteurs ayant contribué à des départs parfois anticipés ou à des reconfigurations de trajectoires, preuve du caractère central de la dimension humaine dans les parcours.

« Après mon test, je savais de quoi je parlais au point de vue technique mais aussi économique de mon activité. Ça m'a facilité la vie quand j’ai demandé un prêt à ma banque. »

L’ÉMERGENCE D’ACTIVITÉS IMPLANTÉES DURABLEMENT SUR LE TERRITOIRE 

Enfin, un quatrième enseignement tient à l’ancrage local du dispositif, à la fois condition de « réussite » et produit du passage dans la coopérative. Les Champs des Possible s’inscrit au carrefour entre un bassin de consommation francilien dense et des espaces ruraux et péri-urbains à redynamiser. 85% des installé∙es (22 sur les 26 personnes ayant répondu à la question) le sont en Ile-de-France, avec une forte concentration en Seine-et-Marne, témoignant de la capacité du test à favoriser l’émergence d’activités durablement implantées dans leur territoire. Cet ancrage s’appuie notamment sur les réseaux construits pendant le test, comme évoqué ci-dessus (AMAP ou réseaux de consommateur∙ices, structures d’accompagnement, réseaux paysans), qui constituent des ressources décisives lors de l’installation. En ce sens, la coopérative contribue non seulement à l’installation de nouveaux agriculteur∙rices et porteur∙ses de projets liés à l’alimentation durable, mais aussi au renforcement du tissu agro-alimentaire de proximité qui alimente le bassin de consommation francilien en produits biologiques et locaux.

Crédits photo visuel de header : Ferme du Pas de Côté

Article réalisé grâce au travail de Chloé Bouvard 🙏 et avec le soutien de l’Agence de l’Eau Seine Normandie , de la Région Ile-de-France et de la DRIAAF Ile-de-France.

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