C’est l’histoire d’une ferme maraîchère née de la volonté d’un collectif d’habitant·es souhaitant se nourrir de légumes bio et locaux. C’est l’histoire de deux hommes reconvertis dans le maraîchage biologique qui ont souhaité pratiquer leur métier près de chez eux, à quelques années d’intervalle. C’est l’histoire d’une transmission qui s’est donné le temps et les moyens de réussir, grâce à un accompagnement dédié et à un dispositif facilitant. Bienvenue à la ferme des Douvières, à Longpont-sur-Orge, où Eric, Roman et Mélanie nous racontent l’histoire de cette transmission réussie, après un test d’activité.
L’arrivée d’Eric sur la ferme
Quand Eric y repense aujourd’hui, il se dit qu’il était un peu fou de se lancer, en 2009, dans la reprise de la ferme des Douvières. Son BPREA n’était pas encore dans sa poche qu’il avait déjà postulé pour louer cette ferme à Ile-de-France Nature. Un collectif d’habitant·es avait poussé la mairie et la région à racheter le terrain pour le confier à un·e maraîcher·ère en AMAP. Et c’était donc lui, Eric, qui venait d’être sélectionné.
Imaginez, des parcelles laissées à l’abandon depuis six ans, après avoir accueilli une pépinière horticole cultivant sur bâches. Pourtant, Eric le sait : la terre a été fertile dans cette plaine historiquement dédiée au maraîchage. Et les conditions lui conviennent :
- Des infrastructures sont déjà en place : clôtures, chemins carrossables, hangar…
- Le collectif d’habitant·es est prêt à l’aider pour certains chantiers de remise en état,
- La ferme est proche de chez lui (25min de là où il habitait à l’époque).
Alors il se lance, avec un objectif en tête : parvenir d’ici quelques mois à se verser un salaire et le salaire d’une personne supplémentaire en saison. En effet, lors d’une visite de ferme près de chez lui, le maraîcher Laurent Marbot lui avait assuré que le maraîchage en système AMAP permettait de vivre décemment de ce métier.
Suivant ses conseils, utilisant parfois son matériel, Eric se forme sur le tas et honore ses premiers contrats AMAP. Si les débuts sont difficiles, avec l’achat de tout le matériel nécessaire à son activité, Eric parvient à se verser un salaire au bout d’un an et demi puis à embaucher un salarié en saison, comme il en avait l’ambition.
L’appel du collectif
Les années passent et Eric se sent un peu à l’étroit dans cette ferme. Ses 2,5 ha de plein champ et 9 000m2 sous serres ne lui permettent pas d’expérimenter ce qu’il veut : des cultures d’engrais verts, une meilleure gestion de ses rotations, notamment les pommes de terre… Et puis l’envie de travailler en collectif se renforce avec le temps, au gré de ses rencontres et des visites de fermes collectives qu’il fait notamment avec les Champs des Possibles… cela lui donne envie d’en monter une dans la région.
Et justement, en 2017 tout s’accélère : le projet d’une création de ferme sur une ancienne base aérienne se concrétise enfin à Brétigny-sur-Orge avec le soutien de Cœur d’Essonne Agglomération et Fermes d’Avenir. C’est la naissance de la Ferme de l’Envol, une ferme collective de 75ha à vocation de polyculture-élevage et Eric et Laurent la rejoignent en tant qu’associés. Transmettre la ferme des Douvières devient alors nécessaire pour Eric. Or, Serge son salarié n’est pas intéressé, ayant le projet de repartir en Moldavie. Comment trouver une nouvelle personne pour reprendre cette ferme, et continuer les contrats AMAP pour lesquels Eric s’était engagé ?
‹‹ Idéalement je souhaitais transmettre cette ferme à une personne qui ait les mêmes valeurs, qui travaille en agriculture biologique et en AMAP, et qui se donne les moyens de fournir une quantité correcte de légumes pour les paniers. ››
Eric Chatelet, cédant de la ferme des Douvières
L’intermédiation de Mélanie des Champs des Possibles
Eric se tourne alors vers le réseau Abiosol et les Champs des Possibles, qu’il connait bien depuis sa formation agricole même s’il n’a pas fait de test d’activité au moment de son installation. Mélanie, accompagnatrice aux Champs des Possibles, lui propose alors de l’aider dans ses recherches en proposant au réseau de la coopérative une offre de reprise via un test d’activité. Ce dispositif lui semble idéal pour son cas de figure : il permettrait à un·e potentiel·le repreneur·se de se tester rapidement sur la ferme en bénéficiant du tutorat technique d’Eric, tout en reprenant ses contrats AMAP et la location de son outil de production. Diffusée au sein du réseau de la coopérative, l’offre arrive non loin de là, aux oreilles de Roman, maraîcher en 2e année de test d’activité à la ferme du Pas de Côté à Saulx-les-Chartreux, qui souhaite s’installer dans la région avec sa compagne…
‹‹ Le test d’activité est un dispositif souple et sans investissement pour la personne candidate à la reprise de la ferme, qui lui donne le temps et les moyens d’une transition en douceur en connaissant bien la ferme et en établissant un fort lien de confiance avec le cédant et l'ensemble des partenaires. ››
Mélanie Castelle, accompagnatrice aux Champs des Possibles
L’envie de Roman d’une ferme à soi
Ancien travailleur social, Roman avait entamé sa reconversion agricole par des stages en Allemagne, avant d’arriver en France en 2021 pour rejoindre sa compagne. Il avait rejoint la Ferme du Pas de Côté d’abord en stage puis en test d’activité.
Après deux années de test et alors qu’il se lance dans un BPREA via une Validation par Acquis d’Expérience, il a toujours dans la tête l’idée de s’installer un jour dans une ferme à soi. C’est alors qu’il voit passer l’offre de test d’activité en vue de reprise de ferme à Longpont-sur-Orge. Et si c’était pour lui..? Roman contacte Mélanie, il lui parle de son idée. Ensemble, ils arrêtent un plan d’action : d’abord un stage à la ferme des Douvières pour se familiariser avec le lieu et si Roman s’y sent bien, y effectuer directement la 3e année de son test d’activité. Mais avant toute chose, un premier rendez-vous est fixé rapidement pour que Roman visite la ferme et rencontre Eric.
La rencontre
Cela se passe en août 2022. Au moment de la visite, Roman sent tout de suite que la ferme lui plaît, qu’elle n’est pas trop grande et que la terre est bonne. Eric, lui, voit que cela va marcher avec les amapien·nes, que Roman partage ses valeurs et ses façons de travailler. Ses deux années de couveuse à Saulx le rassurent aussi (ainsi que les recommandations de Guilain et Maëla, maraîcher·ères de la ferme qu’Eric connait bien). En parallèle, Mélanie accompagne Eric et Roman sur tout l’aspect administratif, notamment le prévisionnel économique pour Roman, et l’estimation du coût de la mise à disposition de la ferme et du matériel pour Eric.
Tous les voyants sont au vert, un stage de deux semaines est fixé pour le mois de novembre. Suite à ce stage, Roman confirme son intérêt pour la ferme et commence sa 3e année de test le 2 janvier 2023 à la ferme des Douvières.
La phase de test
Serge parti, Roman est alors seul sur la ferme, responsable de la production de légumes pour une AMAP de 55 paniers à Longpont-sur-Orge. Il prépare et met en place son plan de cultures en consultant Eric, devenu son tuteur. Roman apprécie d’être plongé directement dans le bain : serres, forage, tracteur, tout est déjà sur place et opérationnel. Et s’il a un doute ou une question, il peut appeler Eric.
Sa première année se passe bien, même si travailler seul lui pèse : il aimerait pouvoir échanger sur les décisions à prendre, confronter des façons de faire, s’entraider. Mais s’il veut accueillir une 2e personne sur la ferme, il faut aussi trouver de nouveaux contrats AMAP pour produire plus de légumes… Roman contacte alors Lucile du Réseau des AMAP-IDF qui le met en relation avec une AMAP à Malakoff en recherche de maraîcher·ère. Après un premier échange et une visite sur la ferme, le partenariat est lancé pour 25 paniers.
En parallèle, Roman contacte à nouveau Mélanie qui relaie sa recherche de maraîcher·ère auprès du réseau des Champs des Possibles. Frédéric y répond et rejoint Roman d’abord en stage, puis en contrat saisonnier, puis enfin, en salarié. La ferme a alors trouvé son rythme de croisière, avec 80 paniers, deux AMAPs et deux personnes y travaillant à temps plein. Si les saisons se suivent sans se ressembler (récolte très compliquée en hiver 2023, conditions idéales en été 2024, arrivée d’un enfant en 2025 et ce que cela entraîne en fatigue cumulée…) Roman maintient son idéal de ferme à petite échelle, proche de chez lui.
‹‹ Roman est arrivé très novice à ses débuts de test d'activité à la Ferme du Pas de Côté, et je l'ai vu énormément monter en compétences au cours de ces années d'accompagnement. Avoir pu prendre en charge l'ensemble de la ferme d'Eric avant de la reprendre, ça lui a donné confiance en lui, en ses capacités à la fois à produire, mais aussi à gérer une ferme dans toutes ses composantes. ››
Mélanie Castelle, accompagnatrice aux Champs des Possibles
La finalisation de la transmission
Lors de sa 2e année à la ferme, cette fois en tant qu’entrepreneur salarié associé à la coopérative – son test d’activité s’étant achevé après sa 3e année-, Roman lance une demande d’AIJA (Aide à l’Installation du Jeune Agriculteur) avec le soutien de Delphine de l’AFOCG IDF, qu’il obtient à l’automne 2024. Il créé alors son entreprise individuelle et prépare sa sortie des Champs des Possibles pour le 1er janvier 2026.
‹‹ Si j’ai beaucoup appris avec le test d’activité, tant sur les aspects techniques du métier que sur le volet comptabilité et gestion, et que ce dispositif m’a permis de trouver une ferme où m’installer, j’ai toujours voulu créer ma propre entreprise agricole. J’ai donc quitté la coopérative mais suis resté très lié avec elle et les personnes que j’y ai rencontrées. ››
Roman Studer, repreneur de la ferme des Douvières
Alors, comment se passe concrètement la transmission ?
Eric fait valoir les améliorations apportées au foncier auprès d’un expert indépendant en vue de déterminer les conditions de reprise du bail. Ce volet administratif relativement simple est bien anticipé et se passe sans encombre. Par la suite, Roman reprend le bail locatif de la Ferme des Douvières au nom de son entreprise individuelle et rachète à Eric l’ensemble du matériel pour 45 000 euros, financés grâce à un prêt à taux avantageux en tant que jeune agriculteur.
‹‹ Le test d’activité permet de prendre un risque mesuré, surtout pour le ou la porteuse de projet. Le dispositif donne le temps de bien se former et de prendre confiance. C’est un peu moins « foufou » que ce que j’avais fait moi. ››
Eric Chatelet, cédant de la ferme des Douvières
Cet article a été réalisé avec le soutien de l’Agence de l’Eau Seine Normandie , la Région Ile-de-France, la DRIAAF Ile-de-France et de l’ADEME.
